Judith Jasmin-Vienneau, est diplômée de baccalauréat et de maîtrise en communications de l’UQAM et plus récemment en production télévisuelle à l’Institut de l’Image et du Son, qui l’a mené vers un partenariat avec le producteur, Jean Fugazza ,des Production Écranhia, pour la réalisation de son premier long métrage de fiction, Raining in New York – Une lettre d’Amérique à Chantal Akerman. L’Amérique, tant, la communication, est un rêve américain. 

Initiée par son collaborateur, de première heure, Philippe Bésy, elle était aussi du collectif d’art d’avant-garde, le 259, également le bunker du groupe Rock alternatif, Vent du Mont Schärr et de la Société de Conservation du Présent, auquel TOPO – Centre de création numérique, a voué une publication. Le poète et chanteur du groupe Vent du Mont Schärr, Jean-Luc Bonspiel, est à ce titre, le compositeur de « Toonis », la trame musicale du dernier documentaire qu’elle réalise, Willy, l’épopée d’un peintre érotique français en Amérique.
La réalisatrice est l’autrice d’une quinzaine d’œuvres cinétiques, mais aussi, d’un essai, SUB SHOW, l’érotisme au féminin, une histoire de charme à réinventer, paru en 2018 et d’un roman, Le Daisy, sorti la même année qui offre une exploration de l’érotisme à travers la fiction. L’incursion, dans sa réflexion entamée, sur l’érotisme au féminin, donna lieu à une collaboration avec l’actrice et performeuse, Jacqueline van de Geer, que l’on peut voir à l’écran auprès de Bernard Fontbute, dans l’Amante, (2013), distribuée par le Groupe Intervention Vidéo et dans Raining in New York, Lettre d’Amérique à Chantal Akerman, en court de réalisation

Digital design par Ivan Bousquet. auroportrait de judith jasmin vienneau.

L’origine du film

Lundi 5 octobre 2015, la cinéaste Chantal Akerman se suicide. Qui était-elle? Je me suis retournée. Pourquoi un geste si violent. Le mal est criant, déchirant. Akerman, dans la tourmente, sa mère, Auschwitz. Et je repense à Arendt, à la banalisation du mal, à ses thèses sur le totalitarisme qui s’apparentent aux problématiques reliées au patriarcat. Elle n’aurait pas survécu à la mort de sa mère décédée un an et demi plus tôt. Femme apatride dans le patriarcat dont l’attachement à la mère est si crucial. S’abandonner dans les bras de sa mère, se jeter dans la mer. Le remous de la mer, des eaux, des vagues. Des eaux dans la tournante.

Lorsque j’ai voulu faire ce film, cette lettre cinématographique à Chantal Akerman, je savais que ma mère décèderait, le temps de la préparation, le temps du film. Elle est décédée le 9 février 2017. Ma complice, mon amie, confidente, conseillère, supporter. Je suis encore béa devant cette relation complexe. 

Ce matin à la petite heure, je t’ai laissé, comme une épave au creux du lit, de cette nuit chartreuse, étendu dans les draps. J’ai marché dans la tourmente, sur le viaduc.

Ce matin je suis partie de chez elle. Elle me disait : tu es belle et puisqu’une femme me le disait, je le croyais plus vrai.

Encore Nietzsche, toujours Nietzsche. Akerman, la sur-femme, dont la chute a étonné. Qui était-elle?

Ma rencontre avec Boris Lehman, son ami de jeunesse, m’a donné l’élan de faire ce film. Aussi, car après la mort, il y a ceux que l’on laisse, Lehman est de ceux-là, et ses yeux porteurs de sens, redonnent un sens à cette histoire, de ses yeux profonds qui en disent longs, devenue trop rare dans ce monde de l’éphémère.

Et puis, dans la foulée de ceux qu’on laisse, les dernières paroles de ma mère, peut-être ses vœux, étaient : « Ayez du plaisir … ».

Nous avons eu beaucoup de plaisir à faire ce film et avons hâtes de vous le montrer.

Judith Jasmin-Vienneau